AXES DE RECHERCHE

Axe 3 – Communication des politiques publiques

Depuis les années 1880[1], débuts des politiques publiques en France, les pouvoirs publics ont toujours communiqué autour de leurs interventions publiques. Toutefois, au fil des ans, les modes de communication, leurs objectifs, et la manière dont ils sont perçus ont considérablement évolué. L’essor connu par la presse écrite entre les années 1930 et 1950 a sensiblement modifié la donne, même si celle-ci a été bousculée par la montée en puissance de la radio puis de la télévision comme sources d’informations et de débats publics. Par la suite, depuis les années 1990, la multiplication des chaînes de télévision, le développement d’Internet puis des réseaux sociaux[2] ont entraîné une transformation fondamentale des modes de communication des pouvoir publics. Ces évolutions participent à une modification de l’offre de l’information[3]. Par ailleurs, la réception de telles informations a également évolué au fur et à mesure que se développe ce qu’Erik Neveu appelle « des espaces publics mosaïques »[4].

Toutes ces évolutions structurelles ont été bien documentées par les recherches en sciences sociales provenant notamment de la discipline de l’Information et de la communication (Infocom.), de la sociologie, de la science politique et de la linguistique. A titre d’exemple, ce domaine de recherche a généré des analyses percutantes de la manière dont, en France, la décentralisation a augmenté la capacité des collectivités locales à fabriquer les politiques publiques et modifié sensiblement la manière dont les élu.es les mettent en scène[5]. La politisation ou dépolitisation du contenu et de la teneur du discours autour des politiques publiques a suscité de nombreux écrits (voir par exemple la revue Mots. Les langages du politique[6]).

Pour autant, et comme l’a confirmé la première journée d’études organisée par le R3-LPP intitulée « Légitimer les politiques publiques par la communication et l’information : défis conceptuels et méthodes évolutives »[7], force est de constater qu’à ce jour, la communication en matière d’action publique est loin d’avoir été étudiée dans sa globalité, en particulier par les sciences sociales. Ce groupe de travail se veut ainsi être un espace interdisciplinaire réunissant les chercheur·euses intéressé·es par cet objet au sein de la région Nouvelle-Aquitaine, tout en tissant des liens avec les praticiens de la communication issus des pouvoirs publics, mais également des médias et des sociétés de conseil pertinentes. A titre d’exemple, voici quelques questionnements qui pourraient aider à dynamiser un tel collectif :

  • Comment les divers acteurs cherchent-ils au quotidien à (re)créer de la confiance dans l’information émise sur les politiques publiques, dans un paysage médiatique national et local fragmenté ?
  • Quels sont les types d’acteurs visés par la communication sur les politiques publiques ? Cette communication doit-elle être différente selon les types d’acteurs ?
  • Que peut apporter l’analyse du discours et du langage dans la fabrique de telles informations ?

Animation :

  • Sylvie Hanote, Professeure de linguistique anglaise, FoReLLIS, Université de Poitiers
  • Meriem Mengi, Maître de Conférences en Sciences de Gestion et Management, LiREM, Université de Pau et des Pays de l’Adou

Cet axe m’intéresse

[1] Voir par exemple Patrick Hassenteufel, Sociologie politique de l’action publique, Paris, Armand Colin, 4ième édition, 2024, p. 19.

[2] Julien Boyadjian et Anaïs Théviot, « La politique à l’heure des réseaux sociaux », dans T. Frinault, Ch. Le Bart et E. Neveu, dir. Nouvelle sociologie politique de la France, Paris, Armand Colin, 2021, pp. 165-177.

[3] Grégory Derville, Le pouvoir des médias, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble.

[4] Selon ce politiste, à l’instar de Jürgen Habermas, un espace public est « un système des droits et des institutions, des lieux et des savoir-faire qui permettent aux membres d’une société de faire un usage public de leur raison sur les enjeux du vivre ensemble, de confronter leurs points de vue ». Ce que Neveu rajoute à l’analyse est de considérer que depuis quelques décennies, par exemple en raison de la décentralisation en France, les espaces publics se multiplient, s’articulent les uns aux autres et se recomposent. Erik Neveu, « Lire ‘les motifs’ des espaces publics mosaïques », dans T. Frinault, Ch. Le Bart et E. Neveu, dir. Nouvelle sociologie politique de la France, Paris, Armand Colin, 2021, pp. 229-240. La citation est de la page 229.

[5] Voir à ce titre notamment les travaux précurseurs de Christian Le Bart : La rhétorique du maire-entrepreneur, critique de la communication municipale, Pédone, 1992 ; « La légitimation des politiques publiques : l’exemple de la communication externe à Fougères », Politiques et management public, 12(1), 1994, pp. 151-177.

[6] Voir notamment le numéro 1 de 2024 intitulé « Mécaniques de la dépolitisation », https://shs.cairn.info/revue-mots-2024-1?lang=fr.

[7] Journée coorganisée par le réseau EUtic le 9 avril 2025 à Sciences Po Bordeaux.