AXES DE RECHERCHE
Axe 2 – Evaluation des politiques publiques
Depuis les années 1970, au sein de la plupart des démocraties occidentales, l’évaluation des politiques publiques s’est répandue comme une pratique de gouvernement. Initialement cadrée en vue d’améliorer l’efficacité gouvernementale en mobilisant la science, l’objectif des évaluations a ensuite progressivement évolué dans le but de renforcer la redevabilité (accountability) des pouvoirs publics et, ainsi, la légitimité de leurs décisions. Ainsi, si pour certains acteurs, analyser l’efficacité des politiques publiques constituait déjà un acte de légitimation par les résultats (outputs), d’autres s’intéressent à l’apport en légitimation des évaluations du processus de production des politiques publiques (inputs), voire même leur rapport avec le caractère plus ou moins démocratique de la décision publique[1]. Patrice Duran et Eric Monnier[2], sociologues, montrent que l’arrivée en France de l’évaluation a initialement généré un certain clivage entre d’un côté les chercheurs.euses et les praticiens.ennes plus intéressés à évaluer l’efficacité des politiques publiques et, de l’autre, leurs homologues animés autant sinon davantage par des questions de redevabilité voire de démocratie. Même s’il serait réducteur de considérer que ce clivage structure encore aujourd’hui la manière dont les chercheurs.euses en sciences sociales abordent l’évaluation des politiques publiques en France et en Région Nouvelle-Aquitaine, il est important de distinguer d’une part la recherche portant essentiellement sur l’impact de ces politiques sur leurs cibles socioéconomiques, et d’autre part, celle qui analyse l’évaluation comme un processus organisationnel ou gouvernemental[3]. L’évaluation des politiques publiques est un terrain résolument pluridisciplinaire. Les économistes y conduisent des évaluations d’impact pour les pouvoirs publics et discutent des enjeux méthodologiques, en particulier de validité interne. D’abord analysée par les sociologues de l’action publique[4] et quelques politistes[5], la mise en œuvre des politiques publiques a ensuite été étudiée par les chercheurs en sciences de gestion[6]: cadrage des enjeux, choix des instruments, jeux d’acteurs et effets politiques sur les systèmes d’action. À leurs côtés, les juristes veillent à la solidité et à la conformité de l’action publique. D’autres travaux s’intéressent au processus d’évaluation lui-même (qui décide quoi, comment et par qui ? comment restituer pour peser sur la décision ?). Sur le plan normatif, nombre de ces recherches formulent des recommandations méthodologiques visant à favoriser des évaluations dites « pluralistes »[7] ou « participatives »[8]. In fine, il est important de préciser que les différents spécialistes mentionnés ci-dessus s’intéressent tous à la légitimation des politiques publiques mais interagissent peu, ce groupe de travail vise à rassembler ces chercheurs.euses afin de se concentrer sur :
- La mise en discussion puis la synthèse de leurs acquis de recherche respectifs ;
- L’élaboration d’une méthodologie d’évaluation qui combinerait les meilleures composantes des différentes approches recensées ;
- La présentation et discussion de cette méthodologie à une diversité de commanditaires publics de la région Nouvelle-Aquitaine et au-delà.
Animation :
- David Carassus, Professeur HDR en Sciences de Gestion et Management, Directeur de l’IEA Pau-Bayonne, Directeur de la Chaire OPTIMA & GIS OPTIMA, LiREM, Université de Pau et des Pays de l’Adour
- Sylvain Dejean, Maître de Conférences HDR en Economie, NUDD, Université de La Rochelle,
- Hélène Pauliat, Professeur de Droit Public, Directrice de l’Observatoire des Mutations Institutionnelles et Juridiques (OMIJ), Université de Limoges.
[1] Dennis Palumbo (ed.), The Politics of Program Evaluation, Beverly Hills, CA Sage, 1987. [2] Patrice Duran et Eric Monnier, « Le développement de l’évaluation en France. Nécessités techniques et exigences politiques », Revue française de science politique, 42(2), pp. 235-262, 1992. [3] Patrice Duran, « Evaluation des politiques publiques. Les leçons de l’expérience », Revue de l’administration publique, n° 177, 2021, pp. 1-16 ; Henri Jacquot, Loïka Forzy, Frédéric Miclo, « Quelle(s) politiques d’évaluation dans les collectivités locales ? », Revue de l’administration publique, n° 177, 2021, pp. 69-82. [4] Duran et Monnier, op. cit., 1992 ; Eric Monnier, Evaluations de l’action des pouvoirs publics, Paris, Economica, 2ième édition, 1991. [5] Philippe Warin, Les usagers dans l’évaluation des politiques publiques, Paris, l’Harmattan, 1993 ; Vincent Spenlehauer, Des sciences sociales engagées dans l’évaluation des politiques publiques, l’Harmattan, Paris, 2016 et sa thèse de science politique : L’évaluation des politiques publiques, avatar de la planification, IEP de Grenoble, 1998. [6] Voir notamment l’axe « Evaluation des politiques publiques » du GIS Optima auquel participent fortement des chercheurs néoacquitains tels qu’Olivier Coussi (Université de Poitiers) et David Caruso (Université de Pau) : https://gis-optima.fr/axes/evaluation-politiques-publiques/ [7] Voir à ce sujet le chapitre 4 de l’ouvrage d’Eric Monnier, op. cit., 1992. [8] Johanna Barasz et Marine de Montaignac, « Dans la peau de l’évaluateur : la participation citoyenne à l’évaluation de la Stratégie nationale de prevention et de lutte contre la pauvreté », Document de travail de France stratégie, janvier 2024, https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/Rapport/fs-2024-dt-01-pauvrete-9janvier.pdf